"Jacques de Bascher" An Exhibition
06/03/20 - 29/03/20

Commissaires : Kévin Blinderman, Pierre-Alexandre Mateos, Charles Teyssou

avec la participation de Than Hussein Clark, Philippe Jullian, David Lieske, Cédric Rivrain, Albert Serra, Anna Solal


Jacques de Bascher est une exposition sur la vie de Jacques de Bascher (1951-1989), un artiste sans œuvre si ce n’est celle de sa propre vie. Séducteur à l’existence furtive, il fut une figure des années 70 et 80 dont la gloire fut aussi grande que réservée. Esthète romanesque, insatiable noctambule, muse décadente, il a eu une place dans le vie d’un créateur de mode en particulier : Karl Lagerfeld. Celui-ci veillera sur lui jusqu’à sa mort, par amour et par acte de sublimation. De sa vie matérielle, il reste peu : quelques lettres manuscrites, une veste de fourrure, un pyjama en flanelle tacheté. Sa vie professionnelle n’est pas plus perceptible : un film pour Fendi, quelques articles dans L’Uomo Vogue, la trace écrite d’une participation à l’adaptation théâtrale de « L’Homme de cuir ».
Jacques de Bascher a endossé au cours de sa vie des rôles multiples : simple canotier ; matelot au trou pour avoir dévoyé tout ce que comptait le navire l’Orage où il effectuait son service militaire ; anglomane gourmé signe de ces années où les écrivains français ne s’imaginaient pas hors d’une correspondance avec un pair d’outre-manche ; soldat prussien dont la fantaisie impériale d’une Mitteleuropa déchue flirte avec un attrait désinvolte pour la martialité nazie; éthéromane fin de siècle et aristocrate fasciné par Gilles de Rais ou les catholiques ultramontains; leather-boy ganté de Castro Street en pleine période d’affirmation homosexuelle ou amant infernal de l’Action Française. Le vestige référentiel des masques et des costumes de Jacques de Bascher fascine et dérange, il est tantôt Durtal l’anti-héros de Là-bas ou playboy à la baron Maximilian von Heune, jeune débauché à la Lord Lyllian ou aventurier des bas-fonds à la Jésus-la-Caille.
Les 70’s sont des années de grandes accélérations et sa vie y est à la fois violement arrimée et pourtant si anachronique. Un paradoxe de temps lui fournissant une forme de gravité, voire un sens du tragique. Il tire de cette tension, une énergie et un magnétisme sans pareil. Electrisé au foutre, au pétrole ou la cocaïne, on pourrait parler d’une vie motorisée, en constante combustion, seyant à son physique aux lignes aérodynamiques. Il faut aller chercher dans la rapidité de ses passages en club pour retrouver sa trace et ses scènes de dépense. Son acmé est peut-être la soirée Moratoire noir(e) à La Main Bleue où résilles, fist-fucking, et fleurets furent noyés dans l’odeur qu’exhalaient les bouteilles de nitrite d’amyle.
Pour Jacques de Bascher il n’y avait de valable que la folie des hommes déraisonnés et fortunés pour qui périr valait mieux que de travailler sans esprit et sans plaisir. Son tragique sera de créer une œuvre qui n’a d’autre exigence qu’un présent intensifié au prix de l’exténuation et de l’anéantissement. Ne disait-il pas à André Léon Talley dans Interview Magazine que sa vie concourait à une belle chute. « Décadent vient du latin cadere, qui signifie tomber. Etre décadent, c’est une façon de choir en beauté. C’est un mouvement très lent, très beau. Il peut s’agir d’une forme de suicide dans la beauté ». Jacques de Bascher ou une seconde d’éternité pour un bienfaiteur du néant.

Remerciements : Thomas de Bascher et Christian-Dumais Lvowski sans qui cette exposition n’aurait pas été possible.


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Curators : Kévin Blinderman, Pierre-Alexandre Mateos, Charles Teyssou

with Than Hussein Clark, Philippe Jullian, David Lieske, Cédric Rivrain, Albert Serra, Anna Solal


Jacques de Bascher is an exhibition on the life of Jacques de Bascher: an artist with no work except that of his own life. A seducer with a furtive existence (1951-1989), he was a figure of the 70’s and 80’s whose glory was as great as it was reserved. A romanesque aesthete, insatiable night owl, decadent muse, he had a particular place in the life of Karl Lagerfeld. The latter will watch over him until his death, out of love and sublimation. Little remains of his material life: a few handwritten letters, a fur jacket, spotted flannel pajamas. His professional life is no more perceptible: a film for Fendi, a few articles in L’Uomo Vogue, the written trace of a participation in the theatrical adaptation of « The Leather Man ». During his life, he will have taken on multiple roles: simple canoeist; an anglomaniac gourmet, a sign of those years when French writers could not imagine themselves out of correspondence with a peer across the Channel; a Prussian soldier or imperial fantasy of a fallen Mitteleuropa; a fin-de-siècle etherealist and deviant aristocrat pledging allegiance to Gilles de Rais; a gloved leather-boy from Castro Street in the midst of a period of homosexual affirmation. Masks, costumes and affections built on a referential vertigo that from Durtal the anti-hero of Là-bas to Baron Maximilian von Heune, from the masses of Lord Lyllian to the shallows of Jesus the Scab will fascinate his descendants and will constitute the ethos that he makes it shine today.The 70s are years of great acceleration and his life is both violently tied to them and yet so anachronistic. A paradox of time providing him with a form of gravity, even a sense of tragedy. He draws from this tension, an energy and a magnetism without equal. Electrified with cum, oil or cocaine, one could speak of a motorized life, in constant combustion, sawing to his physique with aerodynamic lines. You have to look in the rapidity of his club appearances to find his track and his spending scenes. His climax will be the Black Moratorium evening at La Main Bleue where fishnets, fist-fucking, and foils were drowned in the smell of amyl nitrite bottles. For Jacques de Bascher it was only valid the madness of unreasoning men who preferred to perish rather than to work without spirit and pleasure. His tragedy will be to create an oeuvre which has no other requirement than an intensified present at the price of exhaustion and annihilation. Didn’t he tell to André Léon Talley in Interview Magazine that his life was heading for a beautiful fall. « Decadent comes from the Latin cadere, which means to fall. To be decadent is a way to fall in beauty. It’s a very slow movement, very beautiful. It can be a form of suicide in beauty. » Jacques de Bascher or a second of eternity for a benefactor of nothingness.

Acknowledgements : Thomas de Bascher and Christian-Dumais Lvowski, without whom this exhibition would not have been possible.